Les autres écrits de Michel Montané
Voici quelques poèmes déjà publiés sur le web et que Michel nous autorise à mettre en ligne sur ce site.Vous en trouverez d’autres sur le site « Terre des mots » dont le lien se trouve sur ce site. Il les publie sous le pseudo de J-Pilton. Bizzare non ?
Certains de ces poèmes, sont aussi regroupés dans son recueil « Poévies » .
Réminiscence d’un passé aventureux, exploration poétique ? Nous n’en savons pas plus que vous, amis lecteurs.
Mon père court
Mon père court dans le gave*.
De cailloux gris en pierres bleues concaves,
il bondit, du Béarn vert à l’océan sauvage.
Comme un petit oiseau échappé de sa cage
dépassant par ses sauts les soubresauts de l’âme,
insolent évadé échappant à son drame.
Sa vigueur retrouvée, douce métamorphose,
me laisse là , muet, comme un ingrat qui n’ose
ni parler, ni crier pour arrêter sa course,
en le laissant s’enfuir jusqu’à l’ultime source.
Nous sommes peu nombreux à lui dire au revoir.
Il est déjà si loin, son retour sans espoir.
Immobile et stupide, statue figée et blême,
regardant s’éloigner une part de moi-même
que vais-je dire au monde, aux enfants, à mes filles ?
Papy s’en est allé, sans chausser d’espadrilles ?
Il a filé, discret, loin de ses habitudes,
nous laissant isolés parmi la multitude ?
Mon père court dans le gave
J’ai mal, plus rien n’est grave
L’urne est vide, et mon cœur est trop plein
Ces cendres vont, flottant, ma femme prend ma main
Je regarde partir papa dans le lointain…
Mon père court dans le gave
*gave (rivière torrentueuse dans les Pyrénées)
Le marcheur et la vérité
Depuis des jours, il marchait dans ce désert torride.
La soif et puis la faim le tenaillaient, morbides.
Au sommet d’un dune, mol amoncellement,
alors qu’il plissait l’œil agressé par les vents,
ses pieds brûlés de sable s’arrêtèrent soudain.
Immense et titanesque un bâtiment lointain
découpait sa silhouette inscrite dans l’azur,
un monument sans âge ni passé ni futur.
Gravé dans l’horizon par des mains de géants.
Folie d’un roi démon ou d’un prince puissant,
sa base surgie du quartz s’élançait vers les cieux.
Son sommet, confinant au zénith, échappait à ses yeux.
Le marcheur reprit sa route vers cet immense cube,
hypnotisé, hagard, fantôme qui titube.
Sirocco et simoun s’alliaient pour le contrer.
L’homme, en sandales et guenilles avançait incliné.
Le vent fouettait sa peau de mille grains de sable,
et le soleil, là haut, dardait impitoyable.
Le temps passait, trop long, à celui progressant,
qui fournissait l’effort sous les rayons brûlants.
La nuit, enfin, dense, et bleue, annonça sa venue
Et le cuisant dieu Râ montra sa retenue
Lors, au détour d’une dune, surgit dans l’ombre déjà grise
la pierre tant cherchée de Pékin à Venise.
Nul humain ne pouvait dans le noir deviner le sommet.
Nul œil n’appréhendait les faces dans leur totalité.
Au pied du cube de pierre ocre, brûlait un feu,
sur lequel de la viande, que faisait cuire un vieux,
distillait un fumet torturant les entrailles
de notre voyageur que faim et soif tenaillent.
Titubant dans le noir, notre homme s’approcha
Le vieillard d’un geste vif vers lui se retourna,
l’invitant d’un seul geste à partager la chère
qui rôtissait dorée, à deux pas de la pierre.
« Viens, soit le bienvenu au pied de la cruelle,
insondable et joyeuse tout autant que mortelle,
vérité de ce monde, que beaucoup cherchent en vain.
Viens » Dit-il à nouveau en lui tendant la main.
L’arrivant s’assit donc, remplit son estomac
Et levant l’œil soudain du côté de l’ubac
Il décela dans la clarté des flammes
Ecriture mauresque aux courbes oriflammes.
« Est-ce donc cela ? la vérité est écrite en arabe ? »
Il n’est que cette langue pour les justes syllabes ? »
Questionna le repût, à la bouche graisseuse.
L’autre lui dit alors, d’une voix édentée et rieuse :
« En arabe, sur ce côté c’est vrai, en latin sur un autre.
Cherches et tu trouveras un mot de tes apôtres.
Tu peux passer mille ans à explorer la pierre
Jamais tu ne verras vérité toute entière.
Et puis, si tu pouvais déchiffrer tous ses glyphes,
c’est en creusant le sol, avec tes maigres griffes,
que tu devrais trouver ce que cache la face
qui embrasse le sol, interdisant de lire l’ultime dédicace.
Quand bien même en creusant tu pourrais tout y voir
tu mourais écrasé sous le poids du savoir.
Michel
le voyageur perdu dans la montagne
Depuis de longues heures il se savait perdu
Au sein de ces montagnes hostiles et puissantes.
Il se mit à chercher, tel une âme éperdue,
Un lieu pour oublier sa course exténuante.
La charge de son sac lui pesait sur les reins.
Il redoutait, lesté, de marcher sous la lune
La nuit dans ces hauteurs devient un assassin
Quand pèse sur le dos le sable d’une dune
Dans le creux d’une ride d’un relief capricieux
Il entrevit soudain comme une lueur jaune.
Un halo éloigné, quelque peu lumineux,
Signe électrique et chaud de la présence d’hommes.
Dans le gris crépuscule, avançant lourdement,
Il Dirigea ses pas vers la lueur diffuse,
Et devina les formes d’un petit bâtiment
Que la nuit qui tombait rendait troubles et confuses.
Arrivé à la porte, l’homme frappa deux fois
D’une petite voix un gosse répondit.
Il questionna l’enfant : » ton papa n’est pas là « ?
» Non, quand maman est entrée il est, lui, ressorti « .
Le marcheur demanda au gamin peu loquace,
alors, à voir sa mère, qu’il voulait lui parler.
Le mouflet répondit : » elle n’est plus dans la place.
Car elle en est sortie lorsque j’y suis rentré « .
Agacé, le randonneur, enfin, posa cette question
Qui lui semblait frappée du sceau de la raison
» N’êtes vous donc jamais ensemble à la maison » ?
» Si. Mais, ici, dites moi pourquoi nous le serions,
ici ce sont les cabinets « .
Je crois que l’homme a un complexe.
Comme une réflexion qui le rendrait perplexe.
Une sorte de tare imposée par les dieux,
qui le poussant trop loin le rendrait fou furieux.
Jamais, depuis des temps oubliés de ce monde,
son ventre, lieu sacré, n’a pris de forme ronde.
Il apporte sa part au miracle de l’être,
mais ne l’abrite pas…l’accompagne, peut-être…
Voilà la frustration, jamais dite et connue,
les entrailles des mâles ne sont que des cornues,
qui distillent sans fin une sourde rancœur :
» Jamais en moi je n’entendrais deux cœurs « .
Alors, aux temps anciens, bien avant l’écriture,
comme pour balancer la terrible blessure,
Caïn tua Abel, mettant fin à la vie.
Et depuis ce temps là, les choses vont ainsi.
Les femmes dans leur sein développent la vie.
Donnant pour faire un monde, toujours plus de petits.
Alors que l’homme, lui, peut d’un seul coup d’un seul,
faire d’une vie simple une terre de deuil.
Michel


Je viens de lire ces deux poèmes qui sont bien noirs ? Révèleraient-ils des blessures profondes ? Mais « Le complexe de Caïn » finit sur un quatrain empreint de vérité !